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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 10:44

    Seigneur, né à Blaye, il participe à la 2ème Croisade (milieu du XIIe) avec le comte de Toulouse, Alphonse Jourdan, celui d’Angoulême, Guillaume de Taillefer et celui de la Marche, Hugues VII de Lusignan.

 

    Dés le début du XIIe, les comtes de Toulouse, de Anfos jusqu’à Raimond VII, sont de grands protecteurs des troubadours qu’ils accueillent avec bienveillance au sein de leur cour. Ce phénomène est d’ailleurs une des manifestations de la rivalité politique entre Toulouse et les grandes maisons voisines, celle des ducs d’Aquitaine, rois d’Angleterre, et surtout celle des comtes de Barcelone, rois d’Aragon. La cour comtale brille autant par l’éclat et la diffusion de l’esprit de la lyrique courtoise que par sa capacité d’attraction.

 

    Ainsi une quinzaine de troubadours ont vécu successivement à la cour, organisant fêtes et débats courtois et accompagnant les princes dans leurs visites vassales ou dans les guerres contre les rivaux et dénonçant avec violence les exactions des troupes de Simon de Montfort et la cruauté des sentences inquisitoriales ou les transgressions morales des dignitaires de l’Eglise. Marcabru, Jaufré Rudèl, Bernard de Ventadorn, Raimond de Miraval, Gaucelm Faidit, Cadenet, Bertrand de Born et d’autres ont connu ces fêtes des Jeux Floraux où rivalisent troubadours et jongleurs ; c’est le début de ce qui, annuellement, existe à Toulouse aujourd’hui encore.

 

    Marcabrun, poète-jongleur, lui fait parvenir quelques unes de ses œuvres. Il semble qu’il soit tombé si amoureux d’une belle orientale que le poète ne cessera de la chanter dans la désespérance qu’engendrent l’éloignement, l’inaccessibilité et la simple absence de l’être aimé.

 

    Ce thème traverse toute son œuvre (amour d’autant plus fort que la distance exacerbe le désir et en sublime la passion) d’autant plus émouvante que l’expression des sentiments en est sincère avec un style simple. La renommée de son talent se maintiendra longtemps dans divers courants littéraires en Italie, en Allemagne et en France.

Jaufre-Rudel-copie-1.JPG

EXTRAIT :

Chant de l’amour inaccessible :

Quand lo rius de la fontana             Quand le ruisseau de la source

S’es clarzis, si com far sol,               Devient plus clair, comme cela arrive,

E per la flors aiglentina,                  Que paraît la fleur de l’églantier,

E-l rossiholets el ram                       Et que le petit rossignol sur la branche

Volf e refranh et aplana                   Roule et répète et polit

Son doç chantar et afina,                 Sa douce chanson, et l’affine,

Dreits es qu’ieu lo mieu refranha.   Il est juste que je reprenne la mienne.

                                                    

 

Amors de tèrralondanha,                  Amour de terre lointaine

Per vos lo cors mo dol ;                     Pour vous tout mon coeur est dolent ;

E-non posc trovar meisina,               Et je n’y peux trouver remède

Si non vau al sieu reclam                  Si je ne me rends à son appel,

Amb atrait d’amor doçana               Dans l’attrait d’un doux amour,

Dins vergièrs o sotz cortina               Dans un verger ou sous courtine

Amb desirada companha.                  Avec une amie désirée.

 

Pos del tot m’en faih aisina,         Puisqu’il ne m’en est pas donné l’occasion

No-m meravilh s’ieu n’aflam;          Je ne m’étonne pas si je suis enflammé;

Car anc gencer crestiana                  Car jamais plus gente chrétienne

Non fo, ni Dieus non la vol,              Ne fut, Dieu ne le veut pas,

Juseva ni Sarasina ;                          Ni Juive ni Sarrasine ;

Et es ben paussuts de mana             Et il est bien repu de manne

Qui ren de s’amor gasanha.            Qui un peu de son amour acquiert.  

 

De desir mos cors non fina                   De désir mon cœur ne cesse

Vas cela ren qu’ieu plus am,                Pour celle que j’aime entre toutes,

E cre que volers m’engana                  Et je crois que mon vouloir se trompe

Si cobeseça la-m tol ;                             Si convoitise me la ravit;

Que plus es ponhents qu’espina            Car elle est plus poignante qu’épine

La dolors que amb joi sana ;                  La douleur qui par la joie guérit ;

Dont ja non volh qu’om m’en planha.  C’est pour cela que je ne veux pas

                                                                    qu’on m’en plaigne.

 

Senes brèu de pargamina                        Sans bref de parchemin

Tramès le vèrs que chantam,            J’envoie cette chanson que nous chantons,

Plan et en lenga romana,                     Simplement et en langue romane,

A’N Ugon Brun per Filhol.                  Au seigneur Uc le Brun, par Filhol.

Bon m’es car gents peitavina              Il me plaît que la gent poitevine

E tots Angèus e Guiana                       Tout Angers et la Guyenne

S’njau per leis e Bretanha.                Se réjouisse par elle, et même la Bretagne.

  IMGP7671

Par gegeloccitan-photo.over-blog.com - Communauté : Toulouse rues
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Vendredi 10 mai 2013 5 10 /05 /Mai /2013 18:14

L’INSUPPORTABLE ET IGNOBLE CRIME.

ou rue de l’Orme Sec (actuellement rue Romiguières)

IMGP0494 

l – l’histoire de la rue : 

    Cette rue longeait l’ancien rempart romain qui au moyen âge séparait le Bourg de la Cité (XIe) et anciennement carriera Olmi Sicae. Plusieurs rues de la ville ont porté la désignation arboricole de l’Orme, arbre qui, dans la tradition romaine, portait, outre la beauté du tronc et les bienfaits de la frondaison généreuse, bonne fortune. Elle porta plus tard le nom de rue Vidalle, du nom de la tenancière qui possédait deux Jeux de Paume (XIVe). Au XVe, elle se confondait avec la rue Deville et  porta même le nom de rue du Collège de Foix tant celui-ci prenait quasiment tout l’espace de la rue.

    En 1679, Jean de Madran, trésorier général de France acheta l’un des Jeux de Paume pour en faire une résidence princière. Elle fut longtemps habitée par des étudiants qui vivaient dans des maisons communes ou « hospitia ». C’est par décret impérial (1851) que sa désignation fut supprimée et remplacée par le nom actuel.

 

2 – Le contexte :

    Dès le début de 1234, les tribunaux inquisitoriaux sont installés à Toulouse, Albi Montpellier, Avignon et Carcassonne. Les premiers inquisiteurs, formés sur les bancs de l’Université à la théologie et à la rhétorique, sont en place, bénéficient d’une véritable équipe administrative (clercs et notaires participent aux enquêtes et interrogatoires), nomment des vicaires auxquels ils délèguent leurs pouvoirs et des commissaires chargés d’interroger les suspects. Ils prennent leurs nouvelles responsabilités avec grand zèle.

    Un suspect d’hérésie ne pouvant être enterré en terre chrétienne et un hérétique devant être brûlé selon la bulle du pape Grégoire IX « Excommunicamus » de 1231, ils s’en prennent aux morts et à Cahors comme à Albi des cadavres exhumés sont jetés dans les flammes.

   Les vivants n’échappent pas à la répression : à Albi, Pierre Pechperdut et Pierre Bomassip, deux parfaits remis au bras séculier par Arnaud Cathala et Guillaume Pelhisson, inquisiteurs, sont brûlés sur le champ.

   Certains cathares préfèrent abjurer, à l’instar de Raymond Déjean, un parfait d’Albi, qui reconnaîtra ses erreurs. Cette atmosphère permanente de délation et de répression est mal supportée par les populations.

    A Toulouse un artisan, traité d’hérétiques par un voisin porte plainte pour diffamation devant les consuls. Le voisin, condamné à payer une amende, est relaxé grâce au soutien des deux inquisiteurs toulousains, Pierre Sellan et Guillaume Arnaut. L’artisan, condamné doit fuir en Lombardie.

    Un autre artisan, Jean Tisseyre, comparaît. Il se défend d’être un hérétique mais les inquisiteurs le remettent au bras séculier. Devant l’hostilité de la foule, il ne peut être conduit au bûcher et est placé dans un cachot qu’il partage avec des parfaits arrêtés à Lavaur. Il demande à ceux-ci d’être consolé et subira avec eux le supplice du bûcher.

 3 – L’affaire :

    Le 5 août 1234,  le jour où se célébrait la récente canonisation de Saint Dominique, l’évêque de Toulouse Raymond du Fauga, ancien prieur provincial des Frères Prêcheurs, se rend au couvent des Jacobins pour y dire la messe solennelle. IMGP0529.JPG

    Après l’office, il se rend au réfectoire avec les autres Frères quand il apprend par l’inquisiteur Pons de Saint-Gilles qu’une vieille femme impotente de la rue de l’Orme Sec, à deux pas du couvent, venait de recevoir le » consolament » des mourants.

    Aussitôt, l’inquisiteur et quelques Frères accompagnent l’évêque de Toulouse qui se fait passer pour l’évêque cathare Guilhabert de Castres et entend la confession de la malade. Voici ce qu’en dit Guillaume Pelhisson :

     « Quelqu’un dit à la malade : « Voyez, Madame, le seigneur évêque vient à vous ! »               Comme l’évêque entra aussitôt avec les autres, il ne put rien lui dire de plus.

     L’évêque s’assit devant elle et commença à lui parler abondamment du mépris du monde et des choses  terrestres.

     Et comme elle avait entendu dire que l’évêque des hérétiques la visiterait, car elle avait déjà été faite hérétique, elle répondit en tout très librement à l’évêque. Mais celui-ci, avec beaucoup de ruse, lui arracha sur de nombreux points ce en quoi elle croyait ; presque tout correspondait à ce que croient les hérétiques.

      Alors l’évêque ajouta : «  Vous ne devez pas mentir sur le reste ni vous soucier beaucoup de cette misérable vie » et autres choses du même genre. « C’est pourquoi je vous dis de rester constante dans votre croyance, de ne rien confesser d’autre par peur de la mort, que ce que vous croyez fermement en votre cœur ».

     Entendant cela, elle répondit : « Je crois ainsi, Monseigneur, comme je le dis et je ne changerai pas pour ma pauvre et misérable vie ».

     L’évêque dit alors : « Alors vous êtes hérétique car c’est la loi des hérétiques que vous venez de confesse ; sachez avec certitude que les hérétiques manifestes et condamnées.     Abandonnez tout cela et croyez ce que croit l’Eglise romaine et catholiques ! Je suis en effet votre évêque de Toulouse, je prêche la foi romaine et catholique, je veux et ordonne que vos croyiez ! ».

    Il lui dit cela et bien d’autres choses devant tous et l’exhorta à plusieurs reprises mais cela ne servit à rien. Bien au contraire, elle persévéra encore plus dans son obstination hérétique.

    Alors l’évêque, ayant aussitôt convoqué le viguier et beaucoup d’autres personnes qui étaient en le pouvoir de Jésus-Christ, la condamna comme hérétique. Le viguier la fit porter jusqu’au bûcher au Pré du Comte avec le lit sur lequel elle était et la fit immédiatement brûler.

(…) Ceci fait, l’évêque, les Frères et leurs compagnons allèrent au réfectoire et mangèrent avec joie ce qu’on avait préparé, rendant grâces à Dieu et à Saint Dominique… ».IMGP3029.JPG

 

3 – Conséquences :

    Guillaume Pelhisson raconte que le gendre de la suppliciée, Peytavi Boursier, fut arrêté et il s’en suivit une enquête sur toute la famille tandis que la maison de la malade fut rasée et ses biens emportés. On arrêta aussi un compagnon de Peytavi Boursier, un certain Bernard Aldric. « Tous deux confessèrent, ajoute Guillaume Pelhisson, beaucoup de choses sur leur hérésie et dénoncèrent courageusement beaucoup de gens importants..»Ils furent condamnés au « mur large » ou prison au régime « de l’eau de tribulation et du pain de la douleur ».

    L’action de l’Inquisition toulousaine s’amplifie ; chaque dénonciation permettait d’ouvrir une nouvelle enquête, une seule confession pouvait lancer le tribunal sur de multiples pistes.

    Début 1235, les inquisiteurs organisent une vaste prédication générale ; les toulousains qui veulent se confesser sont si nombreux que les dominicains doivent appeler en renfort les franciscains et les curés de la ville. Arnaud Domergue ne s’est pas confessé, il est arrêté. Menacé du châtiment suprême, il dénonce sept parfaits qui seront capturés aux Cassès. Il est assassiné chez lui en pleine nuit. Est arrêté également un ancien consul, un homme âgé, Guillaume Delort. Libéré par des amis qui le cachent il est condamné par contumace.

    Pendant ce temps, les cadavres continuent à être exhumés, promenés en procession et brûlés.IMGP1027.JPG

    La population toulousaine gronde et, pour la calmer, Raimond VII démet son majordome, Durand de Saint-Bars par trop passif face aux débordements des inquisiteurs et nomme à sa place PierreToulza.

    Guillaume Arnaut a quitté momentanément la ville, le 8 avril 1233 pour se rendre à Carcassonne dans le cadre de l’enquête que le pape a ordonné sur la famille de Niort. A son retour, il cite à comparaître devant le tribunal de l’Inquisition douze notables, croyants d’hérétiques avérés. Non seulement ils ne se présentent pas mais ils le somment de quitter la ville ou d’arrêter toute procédure inquisitoriale. L’inquisiteur refuse ; il est expulsé.

    En octobre 1235, il écrit depuis Carcassonne à Pons de Saint-Gilles et aux clercs de Toulouse leur demandant de poursuivre la procédure.

   Les consuls les font expulse à leur tour, menaçant de mort ceux qui chercheraient à prendre leur suite et instituant le blocus du couvent des Prêcheurs. Les quarante Frères Prêcheurs de Toulouse sont même expulsés de la ville. L’opération se déroule le 5 novembre 1235. le 1à novembre, Guillaume Arnaut excommunie onze consuls et Raimond VII comme « fauteurs d’hérétiques ».

Par gegeloccitan-photo.over-blog.com - Communauté : Toulouse rues
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Lundi 6 mai 2013 1 06 /05 /Mai /2013 16:45

    Un des cadets de la famille des viguiers de Barbézieux, arrière-vassaux des comtes d’Angoulême, Rigaut est contemporain de Marcabrun et de Cercamon et connaît les premiers chants de Peire d’Alvernhe et de Bernard de Ventadour.

 

    Lettré et particulièrement  admirateur des grands maîtres de la prosodie gréco-latine, il fait appel aux multiples visages de la Nature (faune, flore, minéral, ciel et astronomie) pour composer ses œuvres bucoliques.

 

   Métaphores et métamorphoses, imitées d’Ovide, émaillent la description et la fragilité des sentiments amoureux avec de délicates mélodies. Dans la tradition de l’art des troubadours il crée donc une originalité qui explique sa renommée à travers les siècles dans de nombreux pays.

 

Il nous reste de lui neuf « cançons ».

Rigaud de Berbesilh

EXTRAITS :

   En l’honneur de la la femme de Jaufré de Taunay, le poète chante sa beauté, sa perfection féminine, la pureté de sa grâce qui lui apportent joie et émotion du cœur mais aussi souffrance par son inaccessibilité ; il espère donc que sa loyauté et la soumission aux désirs de sa Dame seront recompensés car «  bon amour se gagne à bien servir ».

Atresse com Percevaus                               De même que Perceval

Del temps que vivia                                     Au temps qu’il vivait

Que s’esbaf d’esgardar                               Fut émerveillé en regardant

Tan qu’anc non saup demandar                Tant qu’il ne sut pas demander

De que servia                                                A quoi servait

La lança ni-l grasaus,                                  La lance et le Graal,

Et ieu soi atretaus,                                        Je suis interdit aussi

Mièlhs de Dona, quand vel vostre cor gent, Mieux-que-Dame quand je vois votre

                                                                                       gent corps

Qu’eissament                                                Et pareillement

M’oblit quand vos remir ;                              Je m’oublie quand je vous contemple

E-os cug prejar e non fauc, mas consir. Je crois vous prier et ne le fais pas, et je rêve

 

Ab un doç esgards coraus                         Si par de doux regards tendres,

Que an fait lor via                                      Qui ont fait leur chemin

Per mos uolhs sens retornar                      Par mes yeux et sans retour

Et cor, ont los tenc tan car,                            Jusqu’au cœur où ils me sont si chers

Que si os plasia                                            Il vous plaisait

Qu’aitals fos mos chaptaus                        De me donner la récompense

Dels trebalhs e dels maus,                         Des peines et des maux

Mièlhs-de-Dona, que trac per vos sovent,   Mieux-que-Dame que pour vous je

                                                                                     souffris,

Tan greument,                                                Si cruellement

Mais am per vos morir                               J’aimerai mieux mourir pour vous

Que d’autr’aver nul joi, tan vos desir.  Que d’avoir joie d’une autre, tant je vous

                                                                                 désire.

Si-l vostre durs cors fos taus                  Si votre cœur dur était tel

Com la cortesía                                        Que la courtoisie

Que-os fai d’avinent parlar,                    Qui vous fait parler si gracieusement

Lèu pogratz de mi pensar                       Vous pourriez sans peine penser

Qu’ans m’auciria                                    Que je me tuerais plutôt

Que-os pregués, car non aus :               Que d’oser vous prier :

Qu’en mon cor tenc enclaus,                 Car dans mon cœur je garde enclos

Mièlhs-de-Dona, de vos un pensament   Mieux-que-Dame, un souvenir de vous

Tan jausant                                               Si heureux

Que quand en ren m’asir,                      Que quand en rien je m’attriste

Del doç pensar perd l’ir’ab l’esjausir. Par ce doux penser je perds tristesse et

                                                                                  m’éjouis.

 

Si com l’estela jornaus,                         Comme l’étoile du matin,

Que non a paria,                                     Qui n’a pas sa pareille

Es vostre rics prètz sens par ;                Votre grand mérite est sans égal ;

E l’uolh amoros e clar,                           Et vos yeux amoureux et clairs,

Francs sens feunia,                                  Purs et sans félonie,

Bèls cors! Plasent e gaus,                        Beau corps, plaisant et joyeux,

De tota eutats claus,                                Lieu de toute beauté,

Mièlhs-de-Dona, e de bèl estament ;     Mieux-que-Dame, et de haute condition

Que-m defend                                           Qui défend

Lo pensar d’esmarir ;                               Ma pensée de l’affliction;

Dont non poto m deslonhar ni gandir!    Et dont on ne peut s’éloigner ni fuir.

 

Bona dona naturaus,                             Parfaite et noble dame,

Mercé vos querria,                                Je vous requerrais merci

Que pogués mercé trovar                     Si je pouvais la trouver

Ab vos, que per autr’afar                     En vous, car de rien d’autre

Gaug no-m daría                                  Je n’aurais de joie ;

Mercé-os cl m e non aus,                      Je vous crie merci et ne l’ose pas,

Mercé es mon chaptaus,                       Car merci est ma ressource

Mièlhs-de-Dona ; si mercés no-os en pren, Mieux-que-Dame, et si vous n’avez pas

                                                                                     pitié,

Verament                                                       En vérité

M’er per vos a morir ;                                  Pour vous je devrai mourir

Res mas mercés no-m pot de mort garir.     Seule merci peut me sauver de la mort.

 

Vièlha de sen e de laus,                         Vieille d’esprit et de gloire,

Joves ont jois lia,                                    Jeune où la joie habite,

Vièlha de prètz e d’onrar,                      Vieille de prix et d’honneur,

Joves de bèl domnejar,                            Jeune de belle courtoisie,

Lonh de folia ;                                           Loin de folie ;

Vièlh’en tots fachs leiaus,                       Vieille en tous faits loyaux

Jiv’ont jovents es suaus,                            Jeune où jeunesse est douce,

Mièlhs-de-Dona, vièlh’en tot bèl jovent,   Mieux-que-Dame, vieille en belle jeunesse

Avinent                                                        Avenante

Vièlha sens vielhesir                                 Vieille qui ne vieillit pas

E joves d’ans e de bèl aculhir.         Si jeune d’années et de bel accueil.

croix occitane 

Par gegeloccitan-photo.over-blog.com - Communauté : Toulouse rues
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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 18:36

        Né probablement à Saint-Donat-sur- L’herbasse  Drôme), sa « Vida » raconte que son œuvre est un pamphlet contre les exactions des armées croisées sur toutes les terres de la vallée du Rhône puis sur celles du Languedoc.

 

    Il dénonce le traitement réservé par Simon de Montfort à la Dynastie des Trencavel et en particulier la mise à sac de Béziers (1209), le massacre de Carcassonne (1209) et la mort de Raymond-Roger Trencavel (1209), la tuerie de Minerve(1210).

 

Dès le début du XIIe, les comtes de Toulouse deviennent les grands protecteurs des troubadours. Ils n’hésitent pas à s’entourer de poètes qu’ils accueillent avec bienveillance au sein de leur cour. Ce phénomène est d’ailleurs une des manifestations de la rivalité politique entre Toulouse et les grandes maisons voisines, celle des ducs d’Aquitaine , rois d’Angleterre, et surtout celle des comtes de Barcelone, rois d’Aragon.

 

La cour comtale brille autant par la diffusion de l’esprit de la lyrique courtoise que par sa capacité d’attraction : les comtes réunissent les conditions matérielles et sociales nécessaires à la constitution d’une cour, lieu de création et de réception de la poésie, du chant et des spectacles de jonglerie.

 

C’est ainsi que se trouvent une quinzaine de troubadours tels Peire Vidal, Gaucelm Faidit, Raimon de Miraval, Jaufré Rudel, Guillem Ademar, Aimeric de Peguilhan, Guillem Figueira et Gui de Cavaillon, que les comtes, d’Alphonse Jourdain à Raimond VII, associent à leurs déplacements soit dans le contexte guerrier soit dans les visites protocolaires à leurs vassaux. C’est ainsi que naît et se perpétue encore aujourd’hui la cérémonie annuelle des Jeux Floraux où se fête l’art poétique occitan.

 

     Il célèbre la victoire des Albigeois contre les Croisés avec les victoires de Raymond VI qui reconquiert ses fiefs. Il accuse Simon de Montfort de sa cruauté, sa sauvagerie aveugle, sa fourberie lors des sièges de Toulouse (1216 puis 1218).

 

    Il a vécu longtemps en Lombardiefuyant comme tant d’autres les troupes royales et les tribunaux inquisitoriaux ?

 

    On conserve de lui neuf pièces dont deux « tençons »,trois « descorts », deux « sirventès » et un « planh » que voici.

  Guilhem-Augier-Novela.JPG

ŒUVRE :

    Le  poète  évoque le martyre et la mort de Raymond-Roger de Trencavel lors du siège de Carcassonne où il est fait prisonnier, jeté au cachot où il mourra de dysenterie le 10 novembre 1209.

 

   Il s’élève avec une farouche indignation contre la barbarie des troupes de Simon de Montfort et de ses barons du Nord et surtout le manquement aux règles convenues de la chevalerie.

 

Cascuns  plor  planh son damnatge,

Sa malananç’e sa dolor,

Mas ieu las ! n’ai en mon coratge

Tan  grand ir’e tan grand tristor,

Que ja mos jorns planh ni plorat

Non aurai lo valent presat,

Lo pro vescomte que mort es,

De Besèrs, l’ardit e-l cortés,

Lo gai e-l mièlhs adrech e-l blond,

Lo melhor cavalièr del mond.

 

Chacun pleure et plaint son dommage

Son malheur et sa douleur.

Mais moi hélas ! j’ai dans mon cœur

Une si grande colère et une si grande tristesse

Que je n’aurai pas assez de toute ma vie

Pour plaindre et pleurer le brave et valeureux

Et preux vicomte qui est mort

Celui de Béziers, le hardi et courtois,

Le joyeux et le plus juste, aux cheveux blonds,

Le meilleur chevalier du monde.

 

Mort l’an et anc tan grand otratge

Non vi om ni tan grand error,

Fach mai ni tan grand estranhatge

De Dieu et a Nostre Senhor,

Com an fach li can renegat

Del fals linhatge de Pilat

Que l’an mort, e pos Dieus mort pres

Per nos a salvar, semblant es

De lui qu’es passats al sieu pont

Per los sieus estorcer l’aond.

 

Ils l’ont tué et jamais si grand crime

Ni si grande faute on ne vit,

Ni un fait si étranger

A Dieu et à Notre Seigneur

Que celui commis par ces chiens renégats

De lignage félon de Pilate

Qui l’ont tué, et si Dieu a reçu la mort

Pour nous sauver, il en est de même

De lui, qui a subi le même sort

Pour délivrer les siens et les secourir.

 

Mil cavalièrs de grand linhatge

E mil donas de grand valor

Iran per la soa mort aratge,

Mil borgés e mil servidor

Que tots foran gent eretat

S’el visqués e ric et onrat.

Ar es mort ! A Dieus quals dans es !

Gardatz quals ètz ni qu-os es pres

Ni cel qui l’an mort qui ni dont

Qu’eras no-os acuèlh ni respond.

 

Mille chevaliers de grand lignage

Et mille dames de grande valeur

Par sa mort seront désespérés

Et aussi mille bourgeois et mille serviteurs

Qui tous auraient été bien dotés,

Riches et honorés, s’il avait vécu.

Maintenant il est mort !Ah Dieu, quel grand dommage !

Regardez qui vous êtes et ce qu’on nous a pris,

Et ceux qui l’ont tué, qui ils sont et d’où qu’ils viennent,

Car maintenant il ne nous accueille ni nous répond.

 

A senhor ! Tan fort deu salvatge

Esser al grand et al menor,

Quand del sieu onrat senhoratge

Nos membrarà, e de l’onor

Que-ns fetz e de la feusautat

Quand per nos l’agran mort jutjat,

Er es mort, ai Dieus ! Quals dans es !

Caitiu, come m tots a mal mes !

Ves, qual part tenrem ni ves ont

Penrem port ? Tot lo cor m’en fond.

 

Ah seigneurs ! Ce sera bien horrible

Pour les grands et les petits,

Quand de son honorée seigneurie

Nous nous souviendrons, et de l’honneur

Qu’il nous fit et de sa fidélité,

Quand ils le condamnèrent à mort pour nous

Ah Dieu, maintenant il est mort ! Quel dommage est-ce !

Misérables ,comm nous voilà tous mis à mal !

De quel côté nous  tournerons-nous et vers quel

Port irons-nous ? Tout le cœur m’en fond.

 

Ric cavalièr, ric de linhatge,

Ric per orguèlh, ric per valor,

Ric de sen, ric par vassalatge,

Ric per dar e bon servidor,

Ric d’orguèlh, ric d’umilitat,

Ric de sen e ric de foudat,

Bèls e bons complits de tots bens,

Anc non fo nuls om que-os valgués.

Perdut avem en vos la font

Dont tot veniam jausion.

 

Riche chevalier, riche de lignage,

Riche de fierté, riche de valeur,

Riche d’esprit, riche de bravoure,

Riche pour donner et bon serviteur,

Riche d’orgueil, riche d’humilité,

Riche de raison et riche de folie,

Bel et bon, plein de tous biens,

Jamais ne fût homme qui vous valût.
En vous nous avons perdu la source

D’où tous nous revenions joyeux.

 

Cel Dieu prèc que fetz trinitat

De si meseis en deitat

Que-l cel ont lo major gaugs es,

Meta l’arma e non li pes,

Et a tots cels qui pregats son

De son ben socore et aond.

 

Je prie Dieu, qui fit la trinité

De lui-même en divinité,

Qu’au ciel où est plus grande joie,

Il accueille son âme et l’élève

Et qu’à tous ceux qui le prient

Il apporte pour leur bien secours et aide.

 

Bèl Papagais, anc ten vesat

No-om tenc amors qu’ar plus torbat

No-m tenga el dan que ai pres

Del melhor senhor qu’anc nasqués

Aitan quant clau mar en redon

Que m’an mort trachor non sai dont.

 

Bel Pagagai, jamais aussi joyeux

Amour ne m’a tenu qu’il ne me tient

Plus triste aujourd’hui par la perte éprouvée

Du meilleur seigneur qui jamais naquit

Dans les terres que la mer enclôt

Et que m’ont tué des traîtres venus je ne sais d’où.

IMGP3587  

 

N.B. : nous avons écrit un article sur le siège de Carcassonne et ses conséquences dans Gégéloccitan.

 http://www.gegeloccitan.com/article-carcassonne-la-basalique-st-nazaire-les-chapelles-107297567.html

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Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 18:12

    Fils du seigneur de Rouziers (Cantal) il suivit des études littéraires, devint chanoine à Clermont d’Auvergne, devint un selon la biographie écrite par un autre troubadour, Uc de Saint-Cirq : « Peire Rotgiers si fo d’Alvernhe, Canorgues de Clarmon ; e fons gentil hom, bel avinens e savis de letras e de sens natural… E cantava e trovaba ben, e laisset la Canorga et fetz se joglars e anet per cortz e foron grazit li sieu contar ».

    Ainsi, devenu bon chanteur, il quitta les ordres séculiers pour devenir poète-jongleur pour aller, par chemins, visiter les cours comtales. Il parvint à Narbonne ; son biographe écrit : « E venc s’en Narbona, en la cort de madonna Ermegenda qu’era  adoncs de gran valor e de gran pretz et ella l’acuilhit fort e l’onret, l’ill ftez grans bes ».

    Il s’éprit donc de Dame Ermengarde, lui écrivit des poèmes d’un amour si passionné qu’il dut quitter la ville et se refugier auprès de Rimbaud d’Orange ; au décès de ce dernier (1173), il arriva à Toulouse où le comte, Raymond V l’accueillit avec joie et honneurs.

    Il connut Alphonse IX de Castille et le poète-roi, Alphonse II d’Aragon.

    Avec un autre troubadour, Guilhem Azemar de Merueis, il finit sa vie au prieuré  de Saint-Michel de Grammont où il mourut après 1197.

    Il nous reste de lui huit « chansons » et « un sirventès ».

 Peire-de-Rogiers.JPG

ŒUVRE :

    Le thème central est celui de l’exil amoureux, de la plainte, de la douleur de la perte et de la jeunesse qui flétrit trop vite. L’amie est Dame Ermengarde.

 

Doç amiga, n-on puèse mais :

Mout me pesa car vos lais,

E ver dol mein et esmais,

E tenh m’o a gran pantais

Car no-os abrç e no-os bais

E departem nostr’amor.

« Douce amie, je n’en puis mais :

Il m’en coûte car je vous laisse,

Je mène un vrai deuil et me désole ;

Et je tiens pour un grand tourment

De ne point vous embrasser et baiser

Et de séparer notre amour.

 

D’aitan sachatz mon talant

Qu’anc femna non amèi tant,

E no-os en aus far semblant

Ni trob per qui vos a mand ;

Vau m’en, a Dieu vos comand,

Al espirital senhor.

                                                Connaissez-vous donc ma passion :

Jamais femme je n’ai aimé autant ;

Je n’ose pas vous le montrer

Et ne trouve personne pour vous le dire ;

Je m’en vais, je vous recommande à Dieu,

Le seigneur spirituel.

Non puèsc mudar que no-m planha

Car se part nostra companha ;

Ieu m’en vauc en tèrr’estranha :

Mais am freidur’e montanha

Non fatz  figa ni castanha

En ribèira ni calor.

Je ne peux m’empêcher de me plaindre

En voyant notre union se défaire ;

Je m’en vais en terre étrangère :

J’aime mieux le froid et la montagne

Que l figue et la châtaigne

Sur le rivage avec la chaleur.

 

Lai s’en va vai mos cors marrits,

E çai reman l’esperits ;

Et ai tan los cils froncits

Que m’en dolon las ra¨ts,

Mal o fait qui-ns a partits,

E no-n puèsc aver baudor.

Là-bas s’en va mon corps triste

Mais mon esprit demeure ici ;

Et j’ai tant froncé mes sourcils

Que les racines m’en cuisent ;

Qui nous sépara fit mal

Et je ne peux plus avoir de joie.

 

Sans e sals for’ieu guerits,

Quand serai endormits,

Si fos de lèis tant aisits,

Qu’en semblant d’une perditz

Li baisès sos uolhs voltits

E la fresqueta color.

Sain et sauf et guéri j’y serais

Quand le sommeil me prendra

Si j’étais près d’elle,

De sorte qu’ayant forme de perdrix,

Je baise ses grands yeux

Et ses fraîches couleurs.

 

Doç estars lai m’es ardura,

E bons conorts desmesura,

E sasiontats fraitura,

E dias clarcs nuèchs oscura ;

Per mon jovent car pejura

Ai marriment e dolor.

Là-bas la douceur m’est brûlure

Et grand réconfort un outrage,

Et abondance une disette,

Et le jour clair nuit obscure ;

A cause de ma jeunesse qui flétrit,

Je connais tristesse et douleur ».

Alphonse 2 d'Aragon  IMGP7671 - Copie

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Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 17:52

TROUBADOUR et EVEQUE de TOULOUSE

    D’origine génoise, il est issu d’une famille de riches commerçants établis à Marseille ; tout en gérant les affaires familiales, il se forme à l’art des troubadours et compose des « cansons ». Il devient le protégé d’Alphonse II d’Aragon, de Raymond V de Toulouse et plus tard de Richard Cœur-de Lion. La plupart de ses œuvres s’échelonnent entre 1180 et 1195. Fortement déçu par le refus de mariage d’Eudoxie de Montpellier, il choisit de se retirer du monde et de devenir moine. A quarante deux ans, il entre au monastère de Thoronet (abbaye cistercienne près de Draguignan) avec sa femme et ses deux fils. Il devient abbé du monastère avant d’être nommé évêque de Toulouse en 1205, siège qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1231. Il s’est allié à Simon de Montfort et participe à la 4ème Croisade et le suit, comme conseiller privilégié, durant la terrible répression du catharisme. En 1207, il participe au colloque de Pamiers, dernier grand débat contradictoire entre catholiques romains et cathares dont les conséquences pour la Languedoc signent la fin de l’autonomie régionale et la mise au pli de l’Occitanie sous le joug des lois royales.

    Il participe aux prêches de Saint Dominique et l’aide à la fondation de l’Ordre et à la création de leurs premiers monastères (Fanjeaux, Prouille et Toulouse). Voici sa lettre d’approbation : « Nous portons à la connaissance de tous, présents et à venir que nous, Foulques, par la grâce de Dieu humble ministre du siège de Toulouse, nous instituons dans notre diocèse frère Dominique et ses compagnons afin d’extirper la corruption de l’hérésie, de chasser les vices, d’enseigner la règle de la foi et d’inculquer aux hommes des mœurs saines. Leur programme régulier est de se comporter en religieux, d’aller à pieds, dans la pauvreté évangélique en prêchant la parole de la vérité évangélique. Nous voulons qu’ils reçoivent du diocèse la nourriture et tout le nécessaire. Ainsi ils pourront se vêtir et se procurer ce dont ils ont besoin durant leurs maladies et se reposer quand ils le voudront » Toulouse 1215. 

   En 1229, à la suite du Traité de Paris-Meaux, il figure parmi les fondateurs de l’Université médiévale de Toulouse. Nous conterons, ci-après, ses aventures (paroles et faits) rapportées par Guillaume de Tudèle, co-auteur de « La Chanson de la Croisade Albigeoise ».

    Il nous reste dix-neuf pièces dont la plupart sont des chansons.

IMGP0015

EXTRAIT 

    Le poète évoque l’aube qui dans l’amour courtois est le tragique moment de la séparation des amants pour, à l’inverse, la célébrer comme le symbole de la naissance de la Lumière et de la Vérité. C’est donc une «  aube religieuse » qui deviendra un genre répandu après la Croisade contre les Albigeois.

Vers Dieus, el vostre nom e de Santa maria

M’esvelharai uèmais, pus l’estela del dia

Ven daus Jerusalem, que m’ensenha qu’ieu dia :

Estatz sus e levats,

Senhor que Dieu amatz,

Que-l jorn es aprosmats

E la nuèch ten sa via;

E sia-n Dieus lausats

Per nos adorats ;

E-l preguem que-ns don ptz

A tota nostra via.

La nuèch vai e-l jorn ven

Ab clar cèl e seren

E l’alba no-s reten

Ans ven bèl e complia.

Vrai Dieu, en votre nom et en celui de Marie,

Je m’éveillerai aujourd’hui, puisque l’étoile du jour

Se lève vers Jérusalem et m’enseigne à dire :

Debout ! Levez-vous,

Car le jour est venu

Et la nuit s’enfuit ;

Et que Dieu soit loué

Et par nous adoré ;

Et prions-Le pour qu’Il nous donne la paix

Pour toute notre vie.

La nui s’en va et le jour vient,

Le ciel est clair et serein,

L’aube n’hésite plus

Mais vient, belle et parfaite.

 

Sénher Dieus que nasquetz de la Santa Maria

Per nos guerir de mort e per restaurar la via,

E per destruir enfern que diables tenia,

E fotz en crotz levats,

D’espinas coronats,

E de fèl abeurats,

Sénher, mercé vos cria

Aquest pobles onrats ;

Que-lh vostra pietats

Lor perdon los pecats

Amen, Dieus, aissi sia !

La nuèch vai e-l jorn ven

Ab clar cèl e seren

E l’alaba no-s reten

Ans ven bèl e complia.

Seigneur Dieu, qui êtes né de Sainte Marie,

Pour nous guérir de la mort et nous rendre la vie,

Pour détruire l’enfer que le diable tenait,

Qui fûtes mis en croix,

Couronné d’épines,

Et abreuvé de fiel,

Seigneur, vous demande grâce

Ce peuple digne ;

Que votre miséricorde

Lui pardonne ses péchés

Amen, mon Dieu, ainsi soit-il !

 

Qui non sap Dieu pregar ops es que o aprenda

Et auja qu’ieu dirai et escot et entenda :

Dieus, que començaments ètz de tota fasenda,

Laus vos ren e mercé

Del amor e del ben

Que m’avètz fach ancsé ;

E prèc, Sénher, que-os prenda

Grands pietats de me

Que no-m truèp ni malmen,

Ni m’engane de ren

Diables ni-m surprenda.

La nuèch vai e-l jorn ven

Ab clar cèl s seren

E l’alba no-s reten

Ans ven bèl’a complia.

Qui ne sait prier Dieu doit apprendre à le faire

Et écouter et entendre et comprendre ce que je dirai

Dieu, qui ^tes le commencement de toute chose,

Je Vous loue et Vous rends grâces

Pour l’amour et les bienfaits

Que Vous m’avez toujours donnés ;

Je Vous prie, Seigneur, de prendre

Grand pitié de moi,

Afin que ne me trouve et ne me malmène

Et ne me trompe en rien

Le Diable, ni qu’il me surprenne.

La nuit s’en va et le jour vient

Le ciel est clair et serein

L’aube n’hésite plus

Mais elle vient , belle et parfaite.

 

Dieus, donatz mi saber e sen ab qu’ieu aprenda,

Vostres sants mandaments e-ls auja e-ls entenda,

E vostra pitats que-m gueris que-m defenda

D’aquest sègle terren

Que no-m trabuc ab se ;

Car ie-os ador e-os cre,

Sénher, e-os fauc ofrenda

De me e de ma fe,

Qu’aissi-s tanh e-s convén ;

Perço vos crid mercé

E de mos torts esmenda.

La nuèch vai e-l jorn ven

Ab clar cèl e seren

E l’alba no-s reten

Ans ven bèl e complia.

Dieu, donnez-moi savoir et raison afin que j’apprenne

Vos saints commandements, que je les entende et les comprenne,

Et donnez-moi votre miséricorde pour me guérir et me défendre

De ce monde terrestre,

Et pour ne pas succomber avec lui ;

Car je Vous adore et je crois en Vous,

Seigneur, et je Vous fais offrande

De ma personne et de ma foi,

Ainsi qu’il convient ;

Pour cela je Vous demande merci

Et pardon pour mes péchés.

La nuit s’en va et le jour vient

Le ciel est clair et serein

L’aube n’hésite plus

Mais elle vient, belle et parfaite.

 

Aquel glorios Dieus que son cors dèt a venda

Per tots nos a salvar prèc qu’entre nos entenda

Lo sieu sant Esperit, que de mal nos dfenda

E d’aitan nos estren

Josta los sieus nos men

Lais sus ont se capten

E-ns meta dins sa tenda.

La nuèch vai e-l jorn ven

Ab clar cèl e seren

E l’alba no-s reten

Ans ven, bèl’e complia.

Ce Dieu glorieux qui donna à vendre son corps

Pour nous sauver tous, je Le prie qu’Il envoie parmi nous

Son Saint-Esprit, qu’il nous défende du mal

Et qu’en étrenne généreuse

Près de Siens Il nous conduise,

Là-haut où Il séjourne

Et nous mette en son paradis.

La nuit s’en va et le jour vient

Le ciel est clair et serein

L’aube n’hésite plus

Mais elle vient, belle et parfaite.

 

    Voici ce qu’écrit Guillaume de Tudèle dans son ouvrage à propos de l’évêque Foulques :

    Au chapitre IV ( les Croisés en pays conquis) : «le 3 avril 1211, Foulques prêche en France la nouvelle Croisade et enrôle barons et chevaliers et les invite à fourbir leurs armures tels Robert de Courtenay, Guillaume de Nemours, le comte d’Auxerre et la grande armée de l’Ile-de-France … Au premier siège de Toulouse (fin avril 1211) Simon de Montfort confie à l’évêque Foulques le Château Narbonnais, résidence des Comtes de Toulouse, d’où, il rayonne prêchant la juste foi parmi les malveillants, dénonçant les hérétiques et les usuriers païens, promettant la mort, la ruine du pays et les tourments de l’enfer ».

    Nous abordons la deuxième partie du livre dont le rédacteur est resté anonyme.

    Au chapitre XIV (la défaite de Muret) : « le 12 septembre 1213, Foulques bénit l’armée des Croisés et leur ordonne de se battre avec vigueur et sans pitié, d’envoyer en enfer la puante gangrène de l’hérésie… En mai 1215, à Toulouse, le roi Louis, fils de Philippe Auguste, Simon de Montfort, Pierre de Bénévent, nouveau légat du pape, et Foulques délibèrent quant au sort réservé à la ville. Pillons dans cette ville tout ce qui nous fait envie déclare l’évêque Foulques. Brûlons tout le reste. Abattons les remparts et les tours crénelées. Ainsi le comte de Toulouse sera dépouillé de tout ».

    Au chapitre XV (le Concile de Latran) : « le 11 novembre 1215, au Concile de Latran, devant le pape et une assemblée composée de 2 patriarches, 71 archevêques, 410 évêques et 800 abbés, princes de sang et puissants chevaliers dont le comte de Toulouse, Raymond VI et son jeune fils, Raymondet, futur Raymond VII, Foulques prend la parole à la suite du discours du comte de Foix pour l’accuser d’avoir entretenu la mauvaise herbe hérétique en son jardin, d’avoir fortifié le pic de Montségur, refuge d’hérétiques. Il ajoute que la sœur du Comte épousa la cause cathare pour devenir parfaite…Le Comte de Foix répond à chacune de ces accusations et traite Foulques de torcheur de piètres chansons, de pâles poèmes, de vers boiteux. Il ajoute que  tous attendaient un ministre de Dieu et ils ont en fait engraissé un jongleur. Voyez-le, dit-il, si puissamment mitré que nul n’ose répondre aux mensonges qu’il crache. Il fut d’abord abbé ; son abbaye sombra. Il est évêque de Toulouse et aussitôt le pays s’embrase. Feu d’enfer ! Déjà cinq cent mille âmes en ce brasier sont mortes. Je vous le dis tout net : cet homme est l’Antéchrist et point le serviteur du Saint-Père de Rome ».

   Au chapitre XVI (la sentence prononcée au Concile) : «le 16 décembre 1215, Foulques, dos courbé et voix mielleuse, s’adresse au pape afin que celui-ci confie à Simon de Montfort les terres conquises dont il aimerait mieux les voir à feu, à sang, à mort que revenues en possession des mains mécréantes car les gens du Midi ne sont en vérité que des païens méprisables. Aucun d’entre eux n’a daigné combattre l’hérésie… La décision est prise et le Concile est clos ; les princes de l’Eglise ont forcé le Saint-Père à tout abandonner aux griffes de Montfort ».

    Au chapitre XXII (les représailles contre Toulouse) :«En octobre 1216, Foulques va, par les rus prêchant aux Toulousains d’accueillir avec enthousiasme et allégresse Simon de Montfort dont il vante la gentillesse, l’honnêteté et la bienveillance ».

   Au chapitre XXIII (la bataille dans les rues de Toulouse) : «A l’invitation de Foulques, les Toulousains se rendent à la Porte Villeneuve où l’évêque les attend. Ils sont encore libres. Aucun, à cet instant, ne sait qu’ils reviendront pieds et poings enchaînés ».

    Au chapitre XXIV (la prise d’otages toulousaine) :«Conduisant ses prisonniers toulousains Foulques se rend auprès de Simon de Montfort et offre ses services en lui proposant de multiplier le nombre d’otages. Simon de Montfort fait arrêter les Consuls de la Ville et avec les encouragements de l’évêque envisage le pillage de Toulouse, de trucider les gens et d’y bouter le feu. Foulques insiste sur la nécessité d’étriper la population, de les dévaliser, de leur faire payer 30 000marcs d’argent/par an et enfin de les traiter en serfs corvéables à merci ». 

    Au chapitre XXIX (les deux sièges contre Toulouse) : les troupes de Montfort viennent de subir une lourde défaite et envisagent de construire d’énormes machines de guerre afin de vaincre les assiégés. « Sire, il reste aux toulousains la route fluviale de la Garonne. Tant qu’elle restera ouverte à leurs bateaux leur viendra des terres de Gascogne abondance de biens, de vivres et de secours » suggère Foulques à Simon de Montfort.

    Au chapitre XXX (la défense de Toulouse) : Simon de Montfort connaît une contre-attaque des Toulousains qui a causé de graves pertes dans ses rangs et surtout la destruction de quelques machines de guerre. L’évêque Foulques prend la parole : « il ne faut pas que la peur et le chagrin consument votre âme. Des foules de soldats vont venir à votre aide. Le seigneur cardinal a partout envoyé ses messagers et il n’est pas un royaume, un comté, un empire où ils n’aillent prêchant la Croisade nouvelle. De plus, des lettrés quêtent dans les couvents tout l’argent qu’il vous faut pour recruter des hommes. Fin janvier 1218, croisés et mercenaires viendront de partout, par cents et par milliers. Les remparts de Toulouse seront partout rompus, pourfendus, fracassés, réduits en poudre fine. Vous tuerez sans pitié hommes, femmes, enfants qui n’auront point trouvé refuge en nos églises et la paix régnera enfin dans ce pays ».

    Au chapitre XXXV (la mort de Simon de Montfort) : « On amène un pierrier du moutier Saint-Sernin. Sur le chemin de ronde, à l’abri des créneaux, des femmes le manoeuvrent. Une pierre est tirée. Elle tombe tout droit sur le heaume d’acier de Simon de Montfort. Son front en est crevé, sa mâchoire brisée, sa cervelle et ses yeux jaillissent de la tête. Le comte, ensanglanté, tombe à terre. Il est mort (25 juin 1218). On mène en procession le défunt aux prélats ; le cardinal-légat, l’abbé, l’évêque Foulques l’accueillent, la croix haute et l’encens fumant ».

    Au chapitre XXXVI (la succession de Simon de Montfort) : «  L’évêque Foulques suggère que le cadavre de Simon de Montfort soit enseveli à Rome, près de l’apôtre Paul et « lui faire une place parmi les saints martyrs car jamaisen ce monde nul ne fut plusvertueux que lui »…Les Croisés décident de lever le siège et de quitter Toulouse. Alors l’évêque Foulques exprime : « immense est ma douleur ; je crois que de ma vie je n’aurai plus de joie ».

Il meurt à Toulouse en 1231.

    Voici le portrait de l’évêque Foulques selon Pierre de Vaux-de-Cernay dans son ouvrage « L’Histoire des Albigeois » aux chapitres LIV et LVII : « homme admirable, courageux jusqu’à l’extrême témérité pour défendre jusqu’au péril de sa vie la foi et les vérités de la sainte Eglise Romaine, humble et d’une sublime grandeur d’âme, inlassable prêcheur, infatigable conquérant au nom du Christ, ennemi acharné des diaboliques et fourbes albigeois, serviteur fidèle et incorruptible de sa sainteté le pape, pieux et profondément spirituel ».

    Dans cet ouvrage, nous est présentée une notice qui nous informe sur son auteur :

    « On ne saurait rien de Pierre, moine se Vaulx-de-Cernay s’il ne nous apprenait lui-même qu’il était le neveu de Gui, abbé de Vaulx-de-Cernay, évêque de Carcassonne après la conquête des états du comte de Toulouse par Simon de Montfort, qu’il avait accompagné son oncle dans la Croisade des Francs contre l’Empire grec en 1205 et qu’il le suivit dans la Croisade contre les Albigeois, dont l’abbé Gui fut un des plus ardents promoteurs. Pierre ne nous a du reste transmis sur sa personne et sa vie aucun détail. Il demeura attaché à la mission de son oncle et ne se fit remarquer par aucun mérite considérable car la violence de son zèle contre les hérétiques n’était pas un trait saillant qui pût lui valoir une attention particulière.
     Son ouvrage n’est en pas moins un des plus instructifs qui nous soient parvenus sur l’un des plus grands et plus tragiques événements du XIIIe. Pierre ne fut pas seulement témoin de la guerre des Albigeois ; il y fut acteur : tantôt il
parcourait la France avec son onclepour recruter de nouveaux Croisés tantôt il le suivait dans les sièges et les batailles, prêchant, confessant, assistant avec une allégresse ineffable aux massacres et aux autodafés. Il vécut dans l’intimité des chefs  Croisés, ecclésiastiques et militaires, partageant toutes leurs passions, exclusivement préoccupé du succès de leurs entreprises et tellement dévoué à la personne de Simon de Montfort qu’il lui sacrifie aveuglement non seulement ses ennemis mais ses compagnons et même se permet, avec réserve, de blâmer le pape quand ce dernier n’accorde pas au Comte une complaisance et une faveur illimitées. Aussi les infidélités et les réticences surtout abondent dans son récit ; il dénature ou omet non seulement les circonstances favorables au Comte Raymond de Toulouse mais les discordes intestines des Croisés, la rivalité de leurs ambitions, les reproches que le pape leur adresse plusieurs fois enfin tout ce qui eût pu ternir la gloire ou abaisser le destin de Simon de Montfort.
     Pierre raconte avec détail ce qu’il a vu, décrit les lieux, rappelle avec soi les petites circonstances, les incidents, les anecdotes, ce qui fait la vie et la vérité morale de l’histoire.
Il en est peu d’aussi partiales que la sienne et qui doivent être lues avec plus de méfiance mais aucune n’est plus intéressante, plus vive.
     L’ouvrage de Pierre de Vaulx-de-Cernay fut imprimé pour la première fois en 1615 par Nicolas Camusat, chanoine de Troyes. Le texte original a été réimprimé depuis dans
« Les Historiens de France »en 1569 et dans « la Bibliothèque de l’Ordre de Cîteaux »en 1669.

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Lundi 22 avril 2013 1 22 /04 /Avr /2013 16:57

    Neveu  de Ponç de Mataplana et seigneur de Mataplana (Cerdagne espagnole), Uc  apparaît souvent dans les actes royaux d’Alphonse II, poète et roi d’Aragon et de son fils Pierre II dont notre poète fut le protégé. Uc était le comapagnon d’un autre troubadour, Raimon Vidal de Bezaudun.

    Il fut présent à la célèbre bataille de Las Navas de Tolosa en 1212 ; En voici le récit : Début 1212, le calife Al Nasir, alias Miramamolin, concentre 300 000 hommes à Séville. A la demande d’Alphonse VIII, roi de Castille, le pape Innocent III lance un appel à la Croisade contre les Almohades accordant à ceux qui prennent la croix, leur lot d’indulgences. Fin mai, les Croisé se rassemblent à Tolède. Il y a, là, 60 000 castillans derrière Alphonse VIII, 50 000 aragonais emmenés par Pierre II et 40 000 « français » accompagnent les archevêques de Narbonne, Bordeaux et Nantes. Arnaud-Amaury est venu du Languedoc avec une centaine de chevaliers. Alors que s’engagent les combats le 16 juillet 1212, Miramamolin lit le Coran dans sa tente entourée de milliers d’esclaves enchaînés.

    Informé de la déroute des siens, il s’enfuit de Séville. La contribution de Pierre II à cette victoire chrétienne, qui annonce la fin du  royaume almohade, lui vaudra d’être appelé Pierre le Catholique.

    Uc de Mataplana accompagnait Pierre II, roi d’Aragon, à la bataille de Muret en septembre 1213 où le roi trouva la mort. Uc, blessé, mourut quelque temps après.

    A propos de la bataille de Muret, Guillaume de Tudèle, coauteur de « La Chanson de la Croisade Albigeoise » écrit au chapitre XIV intitulé « la défaite de Muret » : « les Croisés français voient le roi. Ils chargent droit sur lui. Messire d4aragon a beau crier son nom, ils ne veulent pas l’entendre, ils le fendent, le percent. Il tombe de cheval et le voilà couché parmi l’herbe. Il est mort. Son sang en ruisselets s’éloigne de son corps. Ses gens autour de lui en ont tant d’épouvante qu’ils fuient le cœur perdu…par le monde se répand la rumeur sinistre du désastre… Quel coup ce fut, quel deuil, quelle douleur terrible quand le roi d’Aragon reste sanglant dans l’herbe. Honte à la chrétienté d’avoir permis cela ».

    Il ne nous reste que quelques vers échangés avec le troubadour Blacatz et un « sirventès » contre Raimon de Miraval, troubadour.

Uc-de-Mataplana.JPG 

 

ŒUVRE :

 

   Uc s’ adresse à Raimon de Miraval qui se vantait d’être un modèle de galanterie. Tout en marquant les distances entre le dire et l’être, ce sirventés met en relief les exigences courtoises depuis le service d’amour jusqu’à la complaisance envers sa Dame, de la générosité de l’amant à la condamnation du jaloux.

J’ai eu envie d’un sirventès.

 

D’un sirventés m’es pres talents

Que rasons m’o mostr’e m’o di

E quand faits èr tendrà-l camin

A Miraval tot drech corrents,

A-N raimond dont ai pesança,

Car fetz tan grand malestança

Contra domnei dont tots temps s’es vanats,

E s’anc tenc drech viatge

De drud cortés ar camja son coratge.

 

 J’ai eu envie d’un sirventès

Que la raison m’inspire et dit,

Et quand il sera fait il prendra le chemin

De Miraval, tout droit et vite,

Car sire Raimond, dont la conduite ma déplaît,

Car il a commis une bien grave inconvenance

Contre la galanterie, dont il s’est toujours vanté,

Et si jamais il a suivi le droit chemin

D’un amant courtois, aujourd’hui il a changé de conduite

 

 

 En lui es era conoissents

Lo reprovièrs que-l sàvis di

Qu’om non conois tan ben en si

Com en autrui los falhiments,

Qu’el sol aver s’esperança

En joi et en alegrança ;

Mas aras nes tan malaments camjats

Que mesa tal usatge

Dont no-is pot ges esdir de vilanatge.

 

 

Par lui est maintenant évident

Le proverbe du sage qui dit

Qu’on ne voit pas aussi bien chez soi

Que chez autrui les défauts ;

Car d’ordinaire il plaçait son espoir

Dans la joie et dans l’allégresse ;

Mais maintenant il a si vilainement changé

Qu’il a agi de telle sorte

Qu’il ne peut plus se disculper de vilenie.

 

 

Car per sos bèls captenements

E per son bèl trobar parti

S cortesa molher de si ;

Ben par qu-l conselhés sirvents

Issuts es de l’esperança

D’èsser druds a ma semblança,

Car si-lh plagués mais domneis ni solaç,

Non feira tal otratge

Dont tut cortés volguèsson son damnatge.

 

Car pour ses belles manières

Et son beau talent de poète, il a éloigné

De lui sa courtoise épouse

Et on dirait que c’est un valet qui l’a conseillé.

Il a déserté l’espoir

D’être un amant, à mon point de vue,

Car si lui plaisaient encore service et galanterie,

Il n’aurait pas commis un tel méfait,

Pour lequel tous les gens souhaiteraient sa perte.

 

 

Car marits a qui platz jovents

Deu sofrir per ço qu’atressi

Sofrant lui sei autre vesin ;

Mas aissi l’es camjats sos sens.

E car fetz tan malestança

Pnh qu’ab lièis aj’acordança,

E si la-lh vol ni sos cobrars li platz,

Fassa-ilh tan d’avantatge

Qui-lh sofr’un drud que trob’a son coratge.

 

Car un mari à qui jeunesse plaît

Doit être complaisant afin que ses voisins

Le soient aussi envers lui.

Mais il n’a plus les mêmes sentiments

Et pour avoir commis une telle inconvenance

Il s’efforce de se réconcilier avec elle.

Et s’il la veut et s’il souhaite la retrouver,

Qu’il lui accorde plus d’avantage

Pour qu’elle souffre un amant qui soit selon son cœur.

 

 

E pois èr sos albèrgs gausents

Quand ab lièis aurà faita fin

Ab que ja mais non la chasti

De trobar ni de mots plasents,

Ni de lièis no-is don dobtança,

Ni non s’o tenh’a grevança,

Si sos albèrgs es sovent cortejats ;

Qu’aissi èr d’agradatge

A nos cortés et als gelos salvatge.

 

Et sa maison redeviendra joyeuse

Quand avec elle il aura fait la paix,

Pourvu que jamais il ne lui reproche

Son chant et ses mots plaisants,

Qu’à son propos il n’ait plus de soupçons,

Ni qu’il ne trouve plus insupportable

Que sa maison soit souvent courtisée ;

Car par là il nous plaira

A nous, courtois, et il sera dur envers les jaloux.

 

 

Na Caudairenga dona, ben sachatz

Qu’irats soi del viatge

E qu’avetz pres en vostre bon coratge.

 

Dame Cauderainga, sachez bien

Que je suis fâché du voyage

Que vous avez subi en votre noble cœur.

Raimon-de-Miraval.JPG

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Samedi 20 avril 2013 6 20 /04 /Avr /2013 18:29

    Seigneur, né à Blaye, il participe à la 2ème Croisade (milieu du XIIe) avec le comte de Toulouse, Alphonse Jourdan, celui d’Angoulême, Guillaume de Taillefer et celui de la Marche, Hugues VII de Lusignan.

    Dés le début du XIIe, les comtes de Toulouse, de Anfos jusqu’à Raimond VII, sont de grands protecteurs des troubadours qu’ils accueillent avec bienveillance au sein de leur cour. Ce phénomène est d’ailleurs une des manifestations de la rivalité politique entre Toulouse et les grandes maisons voisines, celle des ducs d’Aquitaine, rois d’Angleterre, et surtout celle des comtes de Barcelone, rois d’Aragon. La cour comtale brille autant par l’éclat et la diffusion de l’esprit de la lyrique courtoise que par sa capacité d’attraction.

    Ainsi une quinzaine de troubadours ont vécu successivement à la cour, organisant fêtes et débats courtois et accompagnant les princes dans leurs visites vassales ou dans les guerres contre les rivaux et dénonçant avec violence les exactions des troupes de Simon de Montfort et la cruauté des sentences inquisitoriales ou les transgressions morales des dignitaires de l’Eglise. Marcabru, Jaufré Rudèl, Bernard de Ventadorn, Raimond de Miraval, Gaucelm Faidit, Cadenet, Bertrand de Born et d’autres ont connu ces fêtes des Jeux Floraux où rivalisent troubadours et jongleurs ; c’est le début de ce qui, annuellement, existe à Toulouse aujourd’hui encore.

    Marcabrun, poète-jongleur, lui fait parvenir quelques unes de ses œuvres. Il semble qu’il soit tombé si amoureux d’une belle orientale que le poète ne cessera de la chanter dans la désespérance qu’engendrent l’éloignement, l’inaccessibilité et la simple absence de l’être aimé.

    Ce thème traverse toute son œuvre (amour d’autant plus fort que la distance exacerbe le désir et en sublime la passion) d’autant plus émouvante que l’expression des sentiments en est sincère avec un style simple. La renommée de son talent se maintiendra longtemps dans divers courants littéraires en Italie, en Allemagne et en France.

Jaufre-Rudel.JPG

EXTRAIT :

Chant de l’amour inaccessible :

Quand lo rius de la fontana             Quand le ruisseau de la source

S’es clarzis, si com far sol,               Devient plus clair, comme cela arrive,

E per la flors aiglentina,                  Que paraît la fleur de l’églantier,

E-l rossiholets el ram                       Et que le petit rossignol sur la branche

Volf e refranh et aplana                   Roule et répète et polit

Son doç chantar et afina,                 Sa douce chanson, et l’affine,

Dreits es qu’ieu lo mieu refranha.   Il est juste que je reprenne la mienne.

                                                    

 

Amors de tèrralondanha,                  Amour de terre lointaine

Per vos lo cors mo dol ;                     Pour vous tout mon coeur est dolent ;

E-non posc trovar meisina,               Et je n’y peux trouver remède

Si non vau al sieu reclam                  Si je ne me rends à son appel,

Amb atrait d’amor doçana               Dans l’attrait d’un doux amour,

Dins vergièrs o sotz cortina               Dans un verger ou sous courtine

Amb desirada companha.                  Avec une amie désirée.

 

Pos del tot m’en faih aisina,         Puisqu’il ne m’en est pas donné l’occasion

No-m meravilh s’ieu n’aflam;          Je ne m’étonne pas si je suis enflammé;

Car anc gencer crestiana                  Car jamais plus gente chrétienne

Non fo, ni Dieus non la vol,              Ne fut, Dieu ne le veut pas,

Juseva ni Sarasina ;                          Ni Juive ni Sarrasine ;

Et es ben paussuts de mana             Et il est bien repu de manne

Qui ren de s’amor gasanha.            Qui un peu de son amour acquiert.  

 

De desir mos cors non fina                   De désir mon cœur ne cesse

Vas cela ren qu’ieu plus am,                Pour celle que j’aime entre toutes,

E cre que volers m’engana                  Et je crois que mon vouloir se trompe

Si cobeseça la-m tol ;                             Si convoitise me la ravit;

Que plus es ponhents qu’espina            Car elle est plus poignante qu’épine

La dolors que amb joi sana ;                  La douleur qui par la joie guérit ;

Dont ja non volh qu’om m’en planha.  C’est pour cela que je ne veux pas

                                                                    qu’on m’en plaigne.

 

Senes brèu de pargamina                        Sans bref de parchemin

Tramès le vèrs que chantam,            J’envoie cette chanson que nous chantons,

Plan et en lenga romana,                     Simplement et en langue romane,

A’N Ugon Brun per Filhol.                  Au seigneur Uc le Brun, par Filhol.

Bon m’es car gents peitavina              Il me plaît que la gent poitevine

E tots Angèus e Guiana                       Tout Angers et la Guyenne

S’njau per leis e Bretanha.                Se réjouisse par elle, et même la Bretagne.

 

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Vendredi 19 avril 2013 5 19 /04 /Avr /2013 18:35

    Seigneur du château de Tintinhac, près de Tulle – Corrèze, sa vie est méconnue. L’on sait qu’il fréquentait Bernard de Ventadorn et connut par ce dernier Raymond V, comte de Toulouse auprès duquel il séjourna quelque temps. Il connut la quinzaine d’autres troubadours et jongleurs qui constituaient la cour raimondine. A de degrés divers, associés aux faits et gestes du comte, ils écrivaient heurs et malheurs du comte face à la menace des Croisés conduits par Simon de Montfort et les barons du Nord, avec l’appui de l’Eglise et des autorités épiscopales.

Ils ont donc participé au prestige du comte et diffusé les valeurs languedociennes qui épousaient leurs propres modes de vie et de pensée.

Les débats sur l’amour courtois donnaient lieu à des joutes verbales et à la recherche du « bien dire », prélude des Jeux Floraux toulousains.

 Il nous reste quatre « cançons »

 

Arnaud de tintinhac

ŒUVRE :

    C’est un poème travaillé, soigné dans la rime et la versification qui rappelle l’art de Bernard de Ventadorn avec les thèmes récurrents : la belle saison et le temps des amours, la distinction entre vrais amants et les amants faux qui conduit l poète à disserter sur l’amour vrai et le « fin’s amor ».

 

Lo jois començ’en un bèl mes          La joie commence en un bon mois

En la melhor sson de l’an,                Dans la meilleure saison de l’an,

Quand li aucèl menant lor chant     Quand les oiseaux mènent leur chant

Ab lo doç termini d’estiu                  A la douce saison d’été

Qu’aport’una doça sabor                 Qui apporte une douce saveur

Per que s’alegran chantador            C’est pourquoi se réjouissent les chanteurs

Et ieu las! Torn en recaliu.               Et moi hélas! Le désir me reprend.

 

Ves tal amor me tira-l frens            Je suis conduit vers un amour tel

Qu’anc non s’ausatèt de truan ;      Qu’il ne s’est jamais satisfait d’un truand ;

Ni neguns non s’en an gabant         Et que personne ne s’en vante

Ni sos amics non le-n chastiu          Et que son ami ne lui fasse pas la leçon

Qu’anc non fes blasme ni folor,      Car jamais elle ne fit faute ou folie,

Ans porta de beutat la flor              Mais elle porte la fleur de la beauté

E de ric prètz nominatiu.                   Et du noble mérite renommé.

 

Petit son d’amoros cortès                   Ils sont peu nombreux les amoureux courtois

Que sachan gair’al mieu semblant    Qui sachent, à mon avis

Enquérrer d’amor tant ni quant ;     Requérir l’amour si peu que ce soit ;

Mas pos joi es el màgor briu              Mais quand la joie est au plus haut

Aqui pareisson li melhor                     Ici apparaissent les meilleurs

Que sabon tener fin’amor                  Qui savent pratiquer parfait amour

E-l fols eis de son senhoriu.                Et le fou sort de sa seigneurie.

 

S’anc amors tornèt en deissés,      Si jamais l’amour tomba en décadence,

Per fals amadors pres lo dan         C’est par les faux amants qu’il prit dommage

E-l fols cuja far prim l’engan        Et le fou pense tromper finement

E l’engans volf sobre-l badiu         Et la fourberie se tourne contre le niais

E l’amistat torn’en error                Et transforme l’amitié en erreur

E-l dan vesent la culpa plor           Et voyant le dommage il pleure sa faute

E disons tots qu’om non s’i fiu!     Et tous disent qu’il ne faut pas s’y fier !

 

Qui sap d’amor quand bona es      Qui sait d’amour quand il est bon

Ni com s’alegra ni rebland              Et comme il se réjouit et courtise

E-l bèl començament que fan          Et les beaux débuts qu’il apporte

A cel que sap èsser amiu                  A celui qui sait être son ami

Lèu pot enauçar sa valor                 Celui-là peut aisément élever sa valeur

E cil qu’en son mal disedor            Et ceux qui en sont les médisants

Non foron anc del mièlh jausiu.     Ne purent jamais jouir du meilleur.

 

S’amors va ives amic que-lh pes,     Si amour envers un ami agit mal,

Ges no-s desconort per aitan,           Qu’il ne se décourage pas pour autant,

Qu’ilh li rendrà son joi doblant       Puisqu’il lui rendra sa joie en double

Si no-lh conois fol o auriu ;              S’il ne le juge pas fou ou insensé ;

Que dona qu’ama per amor             Car une dame qui aime d’amour

Non camja-l mièlhs per sordejor      N’échange pas le meilleur pour le pire

E s’ilh s’irais, om s’umeliu.              Et si elle s’irrite, l’homme s’humilie.

 

Qu’ira d’amor oorta mercés,            Car chagrin d’amour apporte pitié

Qu’ab orgolh vai contalaçant ;          Qui avec orgueil va s’alliant ;

E pois si-lh venç umeliant,                 Et puis si elle le vainc en l’humiliant,

L’ira e-l mal e-l pens aisiu ;              Il s’accommode du chagrin, du mal et de sa

                                                                         pensée ;

Dont lo plais porta grand valor        Et par là le procès apporte grande valeur

Que renovèla la doçor,                       Qui renouvelle la douceur

Qu’en joi me confort e-m reviu.       Car en joie je me réconforte et me ranime.

 

En petit d’ora ven grand bens          En peu de temps vient un grand bien

Su es que l’enquier’o-lh demand,     Pourvu qu’on le cherche ou qu’on lui demande,

E de pauc joi ven om a grand;          Et d’une petite joie on en vient à une grande ;

Per qu’ieu n’ai ric cor esforciu,        C’est pourquoi j’en ai le cœur riche et zélé,

Plen d’un bèl respièch que-m secor  Plein d’un plein espoir qui me secourt

Et aurai-lh enquera major                 Et j’en aurai encore davantage

S’a midons platz que-m don e-m pliu ! S’il plaît à ma dame de me le donner et de me

                                                                               le permettre !

 

 Bons es lo vèrs e-l chantador              Bons sont la chanson et le chanteur

E volgrà bon entendedor;                    Et ils voudraient un bon entendeur ;

Per Dieu, bèls clercs, tu lo-m escriu !   Par Dieu, beau clerc, écris-la moi !

Trametrai lo a la gençor                       Je l’enverrai à la plus belle

Qu’anc jagués de sotz cobertor            Qui jamais ait couché sous une couverture

Per qui ieu chant e van e piu.                Et pour qui je chante et pépie en vain.

 

De Tintinhac ac la valor                        De Tintinhac eut le mérite

Qui fes lo vèrs nominatiu.                     Celui qui fit cette chanson renommée.

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Vendredi 12 avril 2013 5 12 /04 /Avr /2013 17:24

    Un des cadets de la famille des viguiers de Barbézieux, arrière-vassaux des comtes d’Angoulême, Rigaut est contemporain de Marcabrun et de Cercamon et connaît les premiers chants de Peire d’Alvernhe et de Bernard de Ventadour.

    Lettré et particulièrement  admirateur des grands maîtres de la prosodie gréco-latine, il fait appel aux multiples visages de la Nature (faune, flore, minéral, ciel et astronomie) pour composer ses œuvres bucoliques.

   Métaphores et métamorphoses, imitées d’Ovide, émaillent la description et la fragilité des sentiments amoureux avec de délicates mélodies. Dans la tradition de l’art des troubadours il crée donc une originalité qui explique sa renommée à travers les siècles dans de nombreux pays.

Il nous reste de lui neuf « cançons ».

Rigaud de Berbesilh

EXTRAITS :

En l’honneur de la la femme de Jaufré de Taunay, le poète chante sa beauté, sa perfection féminine, la pureté de sa grâce qui lui apportent joie et émotion du cœur mais aussi souffrance par son inaccessibilité ; il espère donc que sa loyauté et la soumission aux désirs de sa Dame seront recompensés car «  bon amour se gagne à bien servir ».

Atresse com Percevaus                               De même que Perceval

Del temps que vivia                                     Au temps qu’il vivait

Que s’esbaf d’esgardar                               Fut émerveillé en regardant

Tan qu’anc non saup demandar                Tant qu’il ne sut pas demander

De que servia                                                A quoi servait

La lança ni-l grasaus,                                  La lance et le Graal,

Et ieu soi atretaus,                                        Je suis interdit aussi

Mièlhs de Dona, quand vel vostre cor gent, Mieux-que-Dame quand je vois votre

                                                                                       gent corps

Qu’eissament                                                Et pareillement

M’oblit quand vos remir ;                              Je m’oublie quand je vous contemple

E-os cug prejar e non fauc, mas consir. Je crois vous prier et ne le fais pas, et je rêve

 

Ab un doç esgards coraus                         Si par de doux regards tendres,

Que an fait lor via                                      Qui ont fait leur chemin

Per mos uolhs sens retornar                      Par mes yeux et sans retour

Et cor, ont los tenc tan car,                            Jusqu’au cœur où ils me sont si chers

Que si os plasia                                            Il vous plaisait

Qu’aitals fos mos chaptaus                        De me donner la récompense

Dels trebalhs e dels maus,                         Des peines et des maux

Mièlhs-de-Dona, que trac per vos sovent,   Mieux-que-Dame que pour vous je

                                                                                     souffris,

Tan greument,                                                Si cruellement

Mais am per vos morir                               J’aimerai mieux mourir pour vous

Que d’autr’aver nul joi, tan vos desir.  Que d’avoir joie d’une autre, tant je vous

                                                                                 désire.

Si-l vostre durs cors fos taus                  Si votre cœur dur était tel

Com la cortesía                                        Que la courtoisie

Que-os fai d’avinent parlar,                    Qui vous fait parler si gracieusement

Lèu pogratz de mi pensar                       Vous pourriez sans peine penser

Qu’ans m’auciria                                    Que je me tuerais plutôt

Que-os pregués, car non aus :               Que d’oser vous prier :

Qu’en mon cor tenc enclaus,                 Car dans mon cœur je garde enclos

Mièlhs-de-Dona, de vos un pensament   Mieux-que-Dame, un souvenir de vous

Tan jausant                                               Si heureux

Que quand en ren m’asir,                      Que quand en rien je m’attriste

Del doç pensar perd l’ir’ab l’esjausir. Par ce doux penser je perds tristesse et

                                                                                  m’éjouis.

 

Si com l’estela jornaus,                         Comme l’étoile du matin,

Que non a paria,                                     Qui n’a pas sa pareille

Es vostre rics prètz sens par ;                Votre grand mérite est sans égal ;

E l’uolh amoros e clar,                           Et vos yeux amoureux et clairs,

Francs sens feunia,                                  Purs et sans félonie,

Bèls cors! Plasent e gaus,                        Beau corps, plaisant et joyeux,

De tota eutats claus,                                Lieu de toute beauté,

Mièlhs-de-Dona, e de bèl estament ;     Mieux-que-Dame, et de haute condition

Que-m defend                                           Qui défend

Lo pensar d’esmarir ;                               Ma pensée de l’affliction;

Dont non poto m deslonhar ni gandir!    Et dont on ne peut s’éloigner ni fuir.

 

Bona dona naturaus,                             Parfaite et noble dame,

Mercé vos querria,                                Je vous requerrais merci

Que pogués mercé trovar                     Si je pouvais la trouver

Ab vos, que per autr’afar                     En vous, car de rien d’autre

Gaug no-m daría                                  Je n’aurais de joie ;

Mercé-os cl m e non aus,                      Je vous crie merci et ne l’ose pas,

Mercé es mon chaptaus,                       Car merci est ma ressource

Mièlhs-de-Dona ; si mercés no-os en pren, Mieux-que-Dame, et si vous n’avez pas

                                                                                     pitié,

Verament                                                       En vérité

M’er per vos a morir ;                                  Pour vous je devrai mourir

Res mas mercés no-m pot de mort garir.     Seule merci peut me sauver de la mort.

 

Vièlha de sen e de laus,                         Vieille d’esprit et de gloire,

Joves ont jois lia,                                    Jeune où la joie habite,

Vièlha de prètz e d’onrar,                      Vieille de prix et d’honneur,

Joves de bèl domnejar,                            Jeune de belle courtoisie,

Lonh de folia ;                                           Loin de folie ;

Vièlh’en tots fachs leiaus,                       Vieille en tous faits loyaux

Jiv’ont jovents es suaus,                            Jeune où jeunesse est douce,

Mièlhs-de-Dona, vièlh’en tot bèl jovent,   Mieux-que-Dame, vieille en belle jeunesse

Avinent                                                        Avenante

Vièlha sens vielhesir                                 Vieille qui ne vieillit pas

E joves d’ans e de bèl aculhir.         Si jeune d’années et de bel accueil.

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